L’application de la dynamique des populations au choix des infrastructures touristiques

Dans la nature, la dynamique des populations obéit à des règles claires, notamment celle-ci :
Sans prédateur, une population a vocation de s’accroître jusqu’à la limite de la ressource

Cette règle vaut aussi bien pour les grands mammifères que pour les bactéries et je propose de regarder son application aux populations d’Homo touristicus qui migrent chaque année à Venise :

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Par le passé, un certain équilibre existait grâce à l’accès à la ressource historique de Venise, naturellement limité par le passage du Ponte della Libertà et la capacité des parkings. Cette population stable de visiteurs occupait les hôtels, remplissait les restaurants, profitait des sites sur l’ensemble de l’archipel et achetait des souvenirs.

Cependant, il y a une dizaine d’années l’agrandissement de la gare maritime, pour accueillir les nouveaux paquebots géants, a provoqué une rupture dans cette dynamique de la consommation. Ces nouveaux visiteurs ne restent à terre que peu de temps, ils surchargent les ressources culturelles les plus accessibles, n’occupent pas les hôtels et ne mangent qu’un « snack » en attendant leur dîner à bord. Leurs achats de souvenirs sont même « low cost » car ils savent qu’ils auront à acheter d’autres souvenirs lors de leurs escales suivantes. Mais surtout, leur débarquement surcharge l’espace limité aux heures les plus fréquentées.

Ces nouveaux venus épuisent la ressource et Venise constate une réduction importante des habitants permanents qui se plaignent de la dégradation de leur qualité de vie. Cette lente extinction d’Homo venitiensis rappelle la disparition de l’homme de Néandertal face à la progression démographique d’Homo sapiens.

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La décision politique et économique d’agrandir la gare maritime a brutalement augmenté l’accès aux ressources et dans la logique de la dynamique des populations, le seul moyen d’en limiter les effets serait d’introduire un élément de prédation pour réduire cette nouvelle pression.

Les plus grands prédateurs de l’être humain sont les collectivités et les États par le biais des taxes et des impôts. Il suffirait donc de relever massivement la taxe de séjour des passagers débarquant des paquebots, en espérant que le produit de cette taxe sert à la protection de la ressource culturelle et historique de Venise.

Cette démonstration un peu iconoclaste souligne la nécessité d’une réflexion à long terme sur toutes les conséquences des investissements d’infrastructure touristique. Cette évidence est autant plus pertinente quand il s’agit de zones peu peuplées, sous-équipées, mais encore relativement préservées.